Périple / 2002

A dix sept ans, je quittais ma famille et le Chili, où j’avais vécu expatriée un peu plus de quatre années, pour débuter mes études d’art à Paris. Quelques années plus tard, ma formation de dessin achevée, je décidais de faire le voyage à l’envers en survollant à nouveau l’imposante muraille enneigée pour retrouver ce bout du monde. Sur près de 4300 kilomètres j’ai poursuivi un maigre fil conducteur aux couleurs toujours changeantes qui m’a menée le long de cette étroite bande de terre, des immensités arides du désert de l’Atacama juqu’aux forêts inextricables de patagonie.

Sur le trottoir, un aveugle chante d’une voix rauque des airs populaires. Impressionnée par ce personnage, sa corpulence, ses yeux morts et sa tête rejetée en arrière, je commence à le dessiner. Informé de ma présence par les marchands ambulants, le guitariste esquisse alors un sourire édenté, redresse la tête et prend une attitude digne avant de reprendre d’une voix tonitruante : “Tres goles, tres goles, le metio San juan al diablo…”